QUELLE DIRECTION PRENDRE

On ne peut nier l’Histoire …UNION4U est indispensable

L’histoire influence le devenir du métier et détermine la difficulté qu’ont les infirmiers à se professionnaliser, à faire reconnaître ce qu’ils ont d’unique et ce qu’ils apportent à la société. Ils ont des difficultés à se trouver une identité.

Notre profession se détermine dès le départ comme féminine : la bonne sœur se laïcise en la grande sœur à la fin du XIXème siècle. L’intuition, la sensibilité, les vertus attribuées à la femme lui permettent de mener sa tâche à bien. L’infirmière est porteuse d’un savoir féminin : empirique, inculte, savoir de gestes et savoir intrinsèque. Actuellement, la profession est encore à 87% féminine.

Soigner est vu et défini comme une vocation : chasteté, obéissance, gratuité, oubli de soi, humilité resteront longtemps dans l’imaginaire des soignants : « le métier d’infirmier demande de s’investir totalement tout en se désinvestissant totalement de soi-même".

Le métier est dépendant de la prescription médicale et l’infirmier est subordonné au médecin, celui-ci étant responsable de tout et « couvrant » les infirmiers en qui il a confiance.

Le contenu professionnel est ambivalent : il oscille entre aspect social et relationnel (archaïque et dévalorisé) et aspect technique, se référant au savoir scientifique, médical, masculin (moderne et valorisé).

Il n’y a pas de savoir infirmier spécifique : le travail « naturel » de la femme, la vocation de la religieuse ne font pas, cela va de soi, l’objet d’une réflexion élaborée. Le savoir digne de ce nom est médical. Il faudra des décennies pour se « définir » spécifiquement.

Les soins sont envisagés par l’hôpital en termes de coûts : l’infirmier coûte, le médecin fait tourner l’institution. Jusqu’en 1990, le médecin est payé pour des actes réalisés par les infirmiers comme le placement d’une perfusion. Il est donc intéressant de réduire les coûts en engageant du personnel moins qualifié et moins payé. Sous prétexte de pénurie mais surtout dans un souci de moindre coût, la profession est divisée en infirmiers A2, brevetés et A1, gradués, qui font à peu près la même chose pour des salaires bien différents.

... mais on doit avancer et la dépasser ...

Dès lors, les infirmiers veulent s’émanciper de ce carcan et se trouver une identité qui amène autonomie et considération à leur métier, lequel exige des qualifications de plus en plus élevées aussi bien du point de vue relationnel que technique.

Deux axes principaux d’un professionnalisme qui peuvent assurer aux infirmiers un cheminement identitaire sont :

La pratique infirmière est un travail comme un autre : donc un investissement limité dans le temps et dans l’espace pour permettre une place à la vie privée

La pratique infirmière est une profession à part entière : elle doit s'émanciper par rapport à sa vision historique et s'affranchir d'un état de dépendance. Il faut que la profession se détermine finalement et acquière sa pleine mesure.

C’est au travers de ces deux axes d’action qu’associations professionnelles et syndicats sont complémentaires dans leurs luttes ; les associations défendant la profession, les syndicats, les travailleur-euse-s.

Les infirmiers, dès 1919, créent l’Union professionnelle des infirmiers, association professionnelle neutre (qui deviendra la Fédération nationale des infirmiers de Belgique, FNIB). Trois ans plus tard les infirmiers catholiques créent l’Association belge des praticiens de l’art infirmier (ACN). Division philosophique, puis linguistique, la représentation des infirmiers se morcèle.

Le cheval de bataille des associations : la professionnalisation par une formation de qualité, la protection du titre, un statut digne, la recherche d’une identité propre et l’autonomie.

Les syndicats interprofessionnels ont pour mission l’amélioration des conditions de travail et des salaires, la conciliation vie familiale/vie privée, les normes d’encadrement, d’équipements collectifs et de vie socio-culturelle, l’égalité salariale hommes/femmes.

Complémentaires des associations professionnelles dans la lutte pour l’émancipation des infirmiers, les syndicats considèrent néanmoins la démarche identitaire des infirmiers comme corporatiste. « Quand certains infirmiers ont précisé qu’ils étaient en grève pour la valorisation financière de leur profession et la valorisation de leur qualification, ils ont été accusés de « corporatisme ». Les infirmiers, bénéficiant d’une sécurité d’emploi sont peu syndiqués. Le personnel moins qualifié, plus menacé, l’est davantage. La reconnaissance d’un statut pour les infirmiers peut être ressentie comme une menace. Un des atouts des syndicats est leur capacité à mobiliser en nombre pour des manifestations et des grèves même si celles-ci sont difficiles à mettre en place dans les hôpitaux où « les malades sont pris en otage ».


L’histoire se répète…

Au grand étonnement de tous pour un secteur où le désintéressement et le dévouement devraient être de mise, les blouses blanches commencent à ruer dans les brancards suite à l’arrêté royal de 1967 sur l’art de guérir qui consacre le médecin comme responsable d’un personnel auxiliaire paramédical (dont les infirmiers). Durant quelques années le mouvement ira jusqu’à l’occupation du Sénat par des militants syndicaux pour aboutir, en 1974, à la Loi sur l’art de soigner qui reconnaît une fonction autonome aux infirmiers à côté d’actes délégués et confiés par les médecins (fonction dépendante et interdépendante). Le Conseil national de l’art infirmier (CNAI), pour le rôle autonome, et la Commission technique de l’art infirmier (CTAI), pour le rôle interdépendant sont créés à ce moment. Il est à noter que des médecins siègent dans les deux instances !

Mais la liste d’actes délégués et confiés tarde à voir le jour et une mobilisation sans précédent dans le domaine a lieu en 1989. Pour Albert Carton, responsable de la Centrale nationale des employés, il s’agira de la lutte des femmes la plus importante depuis celle des travailleuses de la Fabrique nationale en 1960 : trois mois de grèves et de manifestations pour l’augmentation des salaires, l’amélioration des conditions de travail, le statut. Les infirmiers y gagnent une augmentation conséquente des barèmes et de l’encadrement et, en 1990, la loi qui liste les actes sans pour autant différencier les infirmiers qui peuvent les pratiquer.

En 2000, les Accords du non-marchand - dont le but est d’harmoniser les barèmes et les conditions de travail de tous les travailleurs du secteur - l’aboutissement de ces mouvements sociaux qui ont débuté en 1989 à partir du secteur hospitalier (mieux structuré).

En 2001, la manifestation pour l’aménagement des fins de carrière bénéficiera finalement à tous les membres de l’équipe soignante, au grand dam des infirmiers qui verront leur part diminuer.

En 2004, les associations professionnelles élaborent un Code de déontologie de la profession, non contraignant.

2009 voit les associations se battre pour la création d’un Ordre des infirmières. Les syndicats interprofessionnels s’y opposent car il est calqué sur l’Ordre des médecins jugé non transparent et non démocratique.



Mouvement social …. identité propre.

Que doit apporter le syndicat des infirmiers et aides-soignants ?

Elargir les champs de parole et d'action des praticiens de l’Art infirmier.

Obtenir une représentativité significative et propre au sein de toutes les structures où sont débattus les sujets qui nous concernent directement.

Il est indispensable de créer un mouvement social d’envergure capable d’infléchir les politiques de santé mais aussi culturelles et éducatives, voire économiques et fiscales ; bref, agir sur l’ensemble des déterminants non-médicaux de la santé.

Le métier d’infirmier est aussi toujours en voie de professionnalisation : le syndicat autonome veut assoir cette reconnaissance.

Enfin, que sont les soins infirmiers ? Que signifie prendre soin de quelqu’un ? La profession infirmière oscille entre le côté technique et le côté relationnel du métier.

Le premier est davantage pris en compte par l’hôpital et le médecin et peut constituer une fuite si l’investissement affectif et les attentes sont trop grands au départ. Ce côté technique se réfère davantage à la fonction déléguée de l’infirmier, il est porteur d’une norme correspondant au discours médical.

L’aspect relationnel qui serait plus conforme au rôle autonome de l’infirmier et qui s’épanouit dans les soins de base, dans une approche globale de la personne (codifiée dans les diagnostics infirmiers et les plans de soins) semble moins encouragé et valorisé dans la pratique. Cela est dû aux pressions diverses liées au manque de temps, à la nécessité de rentabilité, à la place de plus en plus grande que prennent les fonctions logistiques et administratives et, probablement, surtout au manque de place accordée à la parole : parole interdisciplinaire, parole autonome de l’infirmier envers le patient, parole sur ce que l’on vit et qui permet d’éviter les replis routiniers ou le désinvestissement affectif.

La segmentation du travail amène aussi les infirmiers à déléguer une part du nursing, le « sale boulot », à des travailleurs moins qualifiés au risque d’y perdre l’approche globale du patient.


En guise de conclusion

Pour faire correctement leur travail, les infirmiers ont besoin de moyens et de reconnaissance.

La profession d’infirmier ne sera jamais tout à fait indépendante de la prescription médicale, de son histoire, mais elle peut la dépasser par la recherche sur la question : que sont les soins infirmiers ?

Ils sont la conjonction de la technique, du relationnel et des connaissances mais ne peuvent s’exprimer entièrement et pleinement que par une reconnaissance de la profession et sa « valorisation » dans la société (pécuniaire et « indispensable »).